Apocalyse now

Figurez-vous qu’on m’a passé commande du présent article.
Quand je vous dis qu’on obtient tout, si on y met les formes…
Samedi 19 avril, 11h51 : c‘était un message de mon « petit curieux » — vous savez, je ne raconte pas tout, mais j’ai des correspondants réguliers :
Bonjour, pourriez-vous publier un article sur la carrière ?
Jeudi 17 avril, quand je suis allé aux écuries pour mon stage du galop 2, j’ai vu un énorme chantier dans la carrière, on aurait dit qu’ils la refaisaient.
Je suis très curieux et je voudrais bien savoir ce qui se passe.
Merci d’avance,
François1.
Ça ne fait plus de doute, pensai-je immédiatement, François lit mes articles ! S’il est fâché que j’aie révélé au monde entier que sa carrière ressemble plus souvent aux bayous de la Louisiane2, c’en est fait de moi aux Ecuries… A moins qu’il n’ait trouvé bonne l’idée de changer d’activité… Dans ce cas, c’est encore pire : j’aurai toutes les Ecuries sur le dos, à commencer par ma femme !
Etait-il possible que ma plaisanterie3 eût de tels effets ? C‘était l’heure du déjeuner : comme ça au moins, j‘éviterais François… Je glissai une batterie dans mon appareil photo, sifflai mon chien et nous filâmes sur les lieux pour en avoir le cœur net et satisfaire la curiosité de mon jeune correspondant.

Il disait vrai, le spectacle était apocalytique : l’allée, que Stéphanie et Chloé balaient d’ordinaire avec un soin jaloux, était recouverte de boue, et de gros monticules gris se dressaient là où les poneys patouillaient encore gaiement en début de semaine.

Le cœur lourd d’incertitude, Garris et Kino considéraient d’un oeil anéanti le monstre jaune dont le bras, momentanément immobile, se dressait sur le ciel.

« Cette fois, c’est la fin, mon beau copain… La fin… » murmurait Kino au gros Garris.
« Toi encore, tu n’as rien à craindre, gringalet que tu es; mais moi4… » s’inquiétait ce dernier.
La suite (après) demain…
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1 Eh oui, mon internaute fidèle s’appelle aussi François. Je le précise, parce qu’après, vous ne comprendriez plus — et si ce n’est pas vous, c’est lui, alors…
2 Les alligators en moins, je vous l’accorde — encore que Belle les eût remplacés avantageusement au début, sur les jarrets des chevaux.
3 Je ne l’avais pas dit, mais c‘était un poisson d’avril, cet article !
4 Vous comprendrez que je n’aie pas reproduit la totalité de ses propos.
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